Santé mentale au travail - Cahier Ateliers citoyens
Septembre 2025
Depuis 2018, l’Institut de l’Entreprise organise les Ateliers citoyens, un dispositif visant à rapprocher les Français du monde de l’entreprise, dans un contexte d’évolutions sociétales, géopolitiques et technologiques. En faisant se rencontrer citoyens et dirigeants, ces ateliers permettent d’explorer les attentes et les représentations de plusieurs panels de français et de formuler des recommandations pour concilier performance économique et qualité de vie au travail.
L’édition 2025 a mobilisé 112 citoyens et 10 dirigeants d’entreprise (dont Avitas, EY, Groupe ADP, Lectra, McKinsey France, Mercer, PwC France, Spie France, The Adecco Group France) qui ont pu échanger ensemble lors d’ateliers thématiques. Les premières conclusions centrées sur la santé mentale au travail, sont publiées ce jour.
L’ambition est claire : faire de la santé mentale une responsabilité collective portée au cœur des entreprises. Et ce, grâce à 8 propositions concrètes formulées par les participants et déclinées en 3 axes : prévenir, protéger et s’adapter.
La santé mentale au travail : un enjeu devenu prioritaire
La santé mentale s’impose aujourd’hui comme une composante essentielle de la qualité de vie au travail. Loin d’être un sujet marginal ou individuel, elle est désormais perçue comme un enjeu collectif, à la croisée du bien-être des collaborateurs et de la performance des organisations.
Les chiffres en témoignent : selon l’Organisation mondiale de la santé, 12 milliards de journées de travail sont perdues chaque année dans le monde à cause de la dépression et de l’anxiété. En France, Santé publique France rapporte une progression de 25 % des maladies psychiques d’origine professionnelle en 2023. Le coût global de cette perte de productivité est estimé à 1 000 milliards de dollars par an. Ces constats font écho aux témoignages recueillis lors des Ateliers Citoyens organisés par l’Institut de l’Entreprise : surcharge mentale, fatigue chronique, isolement, perte de sens, brouillage des frontières entre vie privée et professionnelle, etc. Des signaux qui traduisent la montée des troubles psychiques et leur reconnaissance croissante dans le monde du travail.
Absentéisme en hausse et nouvelles formes de pénibilité : un constat préoccupant
Le mal-être au travail devient de plus en plus tangible, en particulier à travers la hausse des arrêts maladie pour troubles psychologiques, qui représentent aujourd’hui 16 % des arrêts, faisant de ces pathologies le deuxième motif d’arrêt maladie. Ces arrêts pour troubles psychologiques représentent 25% des arrêts longs. Ces situations trouvent souvent leur origine dans l’intensité du rythme de travail, les pratiques managériales ou les rapports sociaux au travail.
Les participants alertent sur l’émergence de nouvelles formes de pénibilité, plus diffuses : surcharge informationnelle, hyperconnexion, fragmentation du temps, isolement social , etc. Des phénomènes accentués par les nouvelles technologies et le télétravail, contribuant à une pénibilité numérique touchant désormais un actif sur quatre, en particulier dans les environnements à forte intensité cognitive.
Prévenir, protéger et s’adapter : le rôle clé des entreprises
Face à ces constats, les participants aux Ateliers citoyens 2025 appellent les entreprises à un changement de posture : la santé mentale doit devenir un enjeu stratégique, intégré aux pratiques de tous les salariés et à l’organisation du travail. Il s’agit, d’une part, d’agir en amont sur les causes organisationnelles du mal-être, en favorisant une communication claire, une charge de travail soutenable et des formations pour tous à la communication non violente, pour tous les niveaux de l’organisation. Il ressort également l’importance de garantir l’accès à des dispositifs de soutien, internes ou externes, pour accompagner les salariés en difficulté. Enfin, les participants soulignent la nécessité de repenser les rythmes, les outils et les environnements de travail afin de mieux répondre aux besoins réels des équipes.
À l’issue des ateliers, ces réflexions ont été traduits en huit propositions concrètes, pour faire de la santé mentale une responsabilité collective portée au cœur de l’entreprise.
Les huit propositions des Ateliers Citoyens 2025 sur la thématique de la santé mentale :
- Stratégie : communiquer de façon claire pour la rendre lisible et répondre à la quête de sens des collaborateurs ; expliquer les enjeux de compétitivité et de productivité.
- Management : aider les managers à faire des feedbacks et à en être l’objet. Former de façon holistique tous les échelons à la communication non violente et à la pratique du feedback.
- Dialogue et vulgarisation : développer une culture de la co-responsabilité, favorisée par des espaces de dialogue. Vulgariser les questions de santé mentale et déstigmatiser les pathologies.
- Écoute : mettre en place, en particulier dans les grandes entreprises, un dispositif externe et indépendant pour écouter et accompagner les salariés qui en expriment le besoin.
- Anticipation : mieux gérer les pics d’activité pour éviter le stress. Les salariés et les managers doivent planifier leur charge de travail.
- Déconnexion : lutter contre les nouvelles formes de pénibilité – numérique et fatigue informationnelle au travail (FIT) – en développant un sens critique à cet égard et en adoptant une charte de déconnexion.
- Confort : proposer des lieux de travail adaptés – éclairage, anti-bruit, matériel de bureau, espaces pour s’isoler – et promouvoir des activités de gestion du stress (yoga, méditation, sport, développement personnel) en interne ou via des abonnements à tarif préférentiel.
- Santé physique : développer une politique de prévention santé globale – nutrition, sport, lutte contre les addictions – qui prenne en compte les effets dévastateurs de la sédentarité.
Méthodologie
Cette édition a mobilisé 112 citoyens aux profils variés (âge, genre, CSP, territoire) qui ont participé à 4 forums en ligne de deux semaines entre mars et mai 2025, suivis de 10 ateliers en présentiel (2h30 chacun) rassemblant 7 à 9 citoyens et 1 dirigeant d’entreprise de mai à juillet.
Les ateliers ont été structurés autour de sept axes de réflexion :
- Le travail comme facteur d’équilibre psychologique
- Les troubles psychologiques liés au travail et l’absentéisme
- Contre les attitudes toxiques : quels garde-fous ?
- La pénibilité numérique et ses conséquences
- L’équilibre vie professionnelle / vie personnelle
- Le télétravail : facteur de bien-être ou révélateur de nouvelles problématiques ?
- La reconnaissance au travail : quels leviers ?