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La relation école - entreprise, Cahier Ateliers citoyens

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Novembre 2025

 

Depuis 2018, l’Institut de l’Entreprise organise les Ateliers citoyens, un dispositif visant à rapprocher les Français du monde de l’entreprise, dans un contexte d’évolutions sociétales, géopolitiques et technologiques. En faisant se rencontrer citoyens et dirigeants, ces ateliers permettent d’explorer les attentes et les représentations de plusieurs panels de français et de formuler des recommandations pour concilier performance économique et qualité de vie au travail.

 

L’édition 2025 a mobilisé 112 citoyens et 10 dirigeants d’entreprise (dont Avitas, EY, Groupe ADP, Lectra, McKinsey France, Mercer, PwC France, Spie France, The Adecco Group France) qui ont pu échanger ensemble lors d’ateliers thématiques. Les enseignements du deuxième cahier "La relation école-entreprise", sont publiées ce jour.

 

L'enjeu est clair : faire de la relation école-entreprise une responsabilité partagée, portée au cœur des territoires et par tous les acteurs pour préparer efficacement les jeunes aux défis du monde du travail de demain.

 

Une école sous tension : un décalage persistant avec le monde professionnel

 

D’après la dernière étude Cevipof menée en partenariat avec l’Institut de l’Entreprise (février 2025), 79 % des Français estiment que le système scolaire reste insuffisamment connecté au monde de l’entreprise. Les travaux des Ateliers citoyens mettent d’abord en évidence les fragilités d’un système éducatif soumis à de fortes attentes. Les difficultés scolaires progressent, les résultats en mathématiques et en sciences s’érodent et les inégalités sociales demeurent marquées, notamment dans l’accès aux filières sélectives. Cette situation pèse directement sur l’insertion : en 2023, le taux de chômage des jeunes peu ou pas diplômés atteignait 42 %, tandis que 12,5 % des 15-29 ans étaient considérés comme NEET (ni à l'emploi, ni en enseignement, ni en formation).

 

Dans le même temps, de nombreux secteurs peinent à recruter, de l’industrie au numérique, en passant par la santé et le BTP. Ce décalage entre les formations et les besoins du marché du travail conduit citoyens et dirigeants à appeler à un réajustement de l’offre éducative, plus ancrée dans les réalités professionnelles et attentive aux compétences attendues. Le renforcement et la valorisation de l’alternance et de la formation professionnelle, en impliquant davantage les entreprises dans la promotion des filières et l’information sur les salaires ressortent ici comme un levier majeur (proposition 3).

 

Repenser l’orientation et développer les compétences fondamentales et socio-émotionnelles à l’école

 

Les Ateliers citoyens mettent en évidence un malaise largement partagé autour de l’orientation. Interventions trop tardives, manque d’informations fiables sur les débouchés, absence de réelles connexions avec la réalité des métiers : les participants estiment que les choix déterminants se font dans un contexte d’incertitude et d’inégalités d’accès à l’information. Les Ateliers citoyens insistent sur la nécessité de former les enseignants en les accueillant en entreprise afin d’affiner leur connaissance des métiers et de mieux accompagner les choix d’orientation (proposition 1) et d’associer plus étroitement les parents aux décisions d’orientation (proposition 2). Ils soulignent également l’importance de multiplier les immersions en entreprise, tout au long du collège et du lycée.

 

Les compétences attendues évoluent également. La maîtrise des fondamentaux, notamment en mathématiques et en sciences, reste un défi majeur, mais elle ne suffit plus et l’école reste encore largement structurée autour de contenus théoriques. Les dirigeants participants aux Ateliers citoyen soulignent l’importance croissante des compétences socio-émotionnelles : créativité, communication, coopération, esprit critique, résilience. Ils jugent qu’elles sont encore trop peu travaillées dans le cadre scolaire alors qu’elles constituent des leviers d’employabilité essentiels et recommandent d’intégrer plus explicitement la communication, le travail en équipe, la gestion du stress et l’autonomie dans les parcours de formation (proposition 5).

 

L’essor de l’intelligence artificielle renforce cette demande. Déjà utilisée par plus de la moitié des actifs, elle transforme les métiers et nécessite une adaptation rapide des compétences. Les Ateliers citoyens préconisent d’introduire des modules d’acculturation à l’IA dès le secondaire, incluant une approche critique et éthique adaptée aux métiers (proposition 8) afin de préparer les élèves à un usage maîtrisé de ces outils dès le plus jeune âge.

 

Vers une mobilisation collective : renforcer les passerelles entre école, famille et entreprise

 

Les participants aux Ateliers citoyens appellent à une mobilisation coordonnée impliquant l'ensemble des acteurs éducatifs, économiques et familiaux. Outre l'engagement des professeurs, ils préconisent d’associer plus étroitement les parents à la vie de l’école et aux décisions d’orientation (proposition 2), alors même que 41 % des jeunes identifient leur famille comme premier acteur de confiance, mais que les ressources disponibles varient fortement d’un foyer à l’autre. Quant aux entreprises, elles sont appelées à jouer un rôle plus actif, notamment via l’alternance, les stages, les visites et les partenariats de proximité.

 

Les Ateliers citoyens plaident pour des passerelles plus fluides entre filières professionnelles et filière générale (proposition 4), pour un accès facilité au travail à temps partiel de l’étudiant (proposition 7) et pour des partenariats de proximité ou nationaux entre établissements scolaires et entreprises, afin de favoriser des parcours plus lisibles et mieux accompagnés (proposition 6). L’alternance et l’apprentissage, qui ont connu une croissance spectaculaire mais reste moins valorisée en France que chez nos voisins européens, apparaissent comme un levier stratégique à amplifier.

 

À l’issue des Ateliers citoyens 2025, huit propositions concrètes ont ainsi été formulées, afin de mieux reconnaître et accompagner les relations école-entreprise :

 

1. Former les enseignants en les accueillant en entreprise afin d’affiner leur connaissance des métiers et de la vie des entreprises, pour agir en amont des choix d’orientation.

2. Associer plus étroitement les parents à la vie de l’école, aux choix d’orientation. Donner aux proviseurs les moyens de jouer ce rôle d’interface avec l’équipe enseignante.

3. Renforcer et valoriser l’alternance et la formation professionnelle. Par l’implication des entreprises, changer la perception de ces filières. Communiquer sur les salaires.

4. Faciliter les mouvements entre filières  professionnelles et filière générale.

5. Améliorer l’enseignement des compétences socio-émotionnelles. Communication, travail en équipe, gestion du stress, sens de l’écoute active, autonomie… Intégrer tous ces savoir-être aux parcours de formation.

6. Favoriser des dynamiques locales emploi-formation via des partenariats de proximité ou nationaux écoles-entreprises (nombreuses expérimentations déjà en cours).

7. Favoriser le travail à temps partiel de l’étudiant ; adapter les emplois du temps scolaires et simplifier les démarches administratives pour les entreprises.

8. Introduire des modules d’acculturation à l’intelligence artificielle, assortis d’une approche critique et éthique spécifique selon le métier.

 

Méthodologie

Cette édition a mobilisé 112 citoyens aux profils variés (âge, genre, CSP, territoire) qui ont participé à 4 forums en ligne de deux semaines entre mars et mai 2025, suivis de 10 ateliers en présentiel (2h30 chacun) rassemblant 7 à 9 citoyens et 1 dirigeant d’entreprise de mai à juillet.

 

Les ateliers ont été structurés autour de six axes de réflexion :

  1. Notre système éducatif est-il suffisamment performant ?
  2. Développer les “compétences socio-émotionnelles” dès l’école ?
  3. Repenser l’orientation des jeunes ?
  4. Les ingrédients d’un bon stage ?
  5. Orientation de l’élève, impliquer parents et enseignants ?
  6. Encore des marges de progrès pour l’apprentissage ?
  7. Comment séduire les jeunes générations ?
  8. Réinventer le modèle du recrutement ?