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Cevipof - Le Baromètre de la Confiance Politique, Vague 17

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Février 2026

 

Au sein de la nouvelle édition du baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, réalisé par Opinion Way, en partenariat avec le CESE, CMA-France, l’École nationale d’études politiques et administratives de Bucarest (SNSPA), EDF, Intériale Mutuelle et l’Université Guido Carli-LUISS de Rome, l’Institut de l’Entreprise analyse la relation des Français à l’entreprise. Les résultats pour la France sont comparés à ceux de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume Uni et de la Roumanie. L’enquête, menée en janvier 2026, repose sur les réponses de 8 590 participants dans ces quatre pays.

 

 

Dans  un contexte de défiance généralisée, l’entreprise tient bon

 

Le constat est sans équivoque : 78 % des Français déclarent ne pas avoir confiance dans la politique et 87 % estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas suffisamment des citoyens. Pour 82 % des Français, la situation politique actuelle est jugée « grave ou très grave ». Il ne s’agit plus d’une défiance conjoncturelle, mais d’un doute structurel à l’égard de la capacité des institutions à produire des solutions.

 

Dans ce paysage marqué par l’érosion continue de la confiance publique, l’entreprise française fait figure d’exception en maintenant un niveau de confiance élevé. Cette stabilité vaut signal : lorsque la confiance s’effondre presque partout, les entreprises – avec les cercles de proximité – apparaissent comme des refuges de crédibilité Ainsi, avec 62 % de confiance, elle devance ses homologues allemands (53 %), italiens (60 %) et britanniques (45 %).

 

Mais ce chiffre ne traduit pas une adhésion naïve : il témoigne d’une hiérarchie comparative. Les Français n’estiment pas que tout fonctionne dans l’entreprise, mais qu’elle fonctionne mieux que le reste. Et ce, malgré une chute de l’indice de confiance envers la direction (-4 points), alors que celle accordée au management direct continue d’augmenter. Ce différentiel n’est pas seulement statistique : il révèle un déplacement du centre de gravité de la confiance publique. Là où le politique est perçu comme impuissant ou déconnecté, l’entreprise incarne l’action, la capacité d’exécution et l’inscription dans le réel.

 

Ce niveau de confiance dans l’entreprise est d’autant plus remarquable que le débat public a récemment multiplié les critiques à l’égard du monde économique. Autrement dit, la controverse politique n’a pas entamé la légitimité sociale de l’entreprise. Cela suggère une dissociation croissante entre le discours politico-médiatique et la perception vécue des Français.

 

« Alors que la confiance des Français envers leurs institutions s’étiole, l’entreprise confirme son rôle de pilier, en offrant lisibilité, constance et projection dans le long terme. Ce différentiel de confiance révèle un besoin profond de repères durables dans une société traversée par l’incertitude.» Pierre-André de Chalendar, Président de l’Institut de l’Entreprise.

 

 

Les entreprises en première ligne face aux attentes sur l’intelligence artificielle

 

L’essor de l’intelligence artificielle s’inscrit dans ce climat d’instabilité. Les Français expriment des inquiétudes fortes : 81 % redoutent des atteintes à leur vie privée et 63 % des effets négatifs sur l’emploi. La technologie concentre ainsi les angoisses d’une société déjà fragilisée par la perte de confiance institutionnelle.

 

Les Français se montrent plus réservés que leurs voisins européens sur l’ensemble des usages de l’IA. Ce scepticisme traduit moins un rejet de l’innovation qu’une demande d’encadrement et de garanties. En effet, les effets positifs de l’IA sont déjà bien identifiés : parmi les 34 % de Français qui utilisent l’IA dans le cadre professionnel, 54 % reconnaissent son utilité pour alléger et simplifier les tâches. La moitié des Français l’utilise également dans sa vie privée.

 

Le paradoxe est clair : l’usage progresse plus vite que la confiance. Dans ce contexte, les entreprises occupent une position décisive. Elles ne sont pas seulement utilisatrices de l’IA : elles doivent prendre une place de méditation entre l’innovation et ses utilisateurs. Elles sont attendues pour former, expliquer, co-construire les usages et garantir la transparence sur les impacts en matière d’emploi. Autrement dit, la confiance dont elles bénéficient leur confère une responsabilité accrue : transformer l’innovation en opportunité pour tous.

 

 

Des entreprises investies d'un rôle central dans le contrat social

 

La confiance accordée aux entreprises s’accompagne d’attentes élevées. 59 % des Français estiment qu’elles devraient bénéficier de davantage de confiance et de liberté de la part de l’État pour affronter les difficultés économiques. Ce résultat traduit une inversion symbolique : là où l’État était historiquement perçu comme protecteur et stratège, une majorité relative considère désormais que l’entreprise doit disposer de marges d’action élargies pour agir efficacement.

 

Sur le terrain éducatif, 82 % des Français jugent que le système scolaire est trop éloigné du monde de l’entreprise (contre 75 % en Allemagne, 79 % en Italie et 69 % au Royaume-Uni), et 72 % considèrent que les entreprises devraient contribuer davantage à la formation continue des enseignants.

 

Ces niveaux, légèrement supérieurs à ceux observés dans les autres pays étudiés, confirment la place singulière des entreprises dans l’imaginaire collectif français : non seulement acteurs économiques, mais aussi partenaires de l’éducation et de la transformation sociale.

 

Il en résulte un double défi : renforcer l’engagement dans la formation pour mieux préparer les jeunes aux réalités professionnelles, et accompagner la transition technologique en sécurisant les parcours et en valorisant les opportunités offertes par l’innovation. En assumant pleinement cette responsabilité, les entreprises peuvent consolider leur rôle de stabilisateur social et contribuer à restaurer durablement la confiance.

 

« Aujourd’hui, les entreprises disposent d’une opportunité historique : devenir le principal vecteur de transformations dans un pays où le politique semble avoir renoncé. Elles sont attendues par les Français sur des sujets structurants comme l’intelligence artificielle, les relations école-entreprise et la formation, en prenant ainsi part à la construction de l’avenir, bien au-delà de leur mission strictement économique ». Flora Donsimoni, Directrice Générale de l’Institut de l’Entreprise.

 

 

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