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Livre blanc - Présidentielle 2027

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Octobre 2026

 

Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes

 

"Modernisation ou décadence."  Au sortir de la guerre, Jean Monnet résumait d’une formule l’alternative devant laquelle se trouvait une France à reconstruire. Le premier Plan lui répondit par le charbon, l’acier et l’électricité. Quatrevingts ans plus tard, l’alternative demeure, mais elle a changé de visage.

 

Le déclin qui nous menace n’a rien d’un effondrement spectaculaire. Il est lent, silencieux, cumulatif, et d’autant plus redoutable que nous avons fini par nous y accoutumer. Il survient au moment où les positions de la quatrième révolution industrielle s’apprêtent à se figer pour une génération.

 

Cap 2027 est né de ce constat. En quatre volets consacrés à l’école, au travail, à la santé et à l’innovation, l’Institut de l’Entreprise a voulu verser au débat présidentiel autre chose qu’un catalogue de mesures.

 

Lus séparément, ces travaux forment quatre dossiers.

 

Lus ensemble, ils dessinent un seul et même diagnostic, et appellent une même méthode.

 

Le premier enseignement est que la France ne souffre pas d’un manque de moyens. Elle consacre 190 milliards d’euros par an à son école, 333 milliards à sa santé, et ses ménages détiennent près de 7 000 milliards d’euros d’épargne financière.

 

Pourtant, nos élèves ont perdu 37 points en mathématiques à l’enquête PISA entre 2003 et 2022, six millions de Français n’ont pas de médecin traitant et notre productivité horaire n’a progressé que de 4 % depuis 2010, contre 19 % aux États-Unis, tandis que l’absentéisme coûte chaque année plus de 100 milliards d’euros à notre économie. Nous dépensons beaucoup, nous dépensons mal.

 

Le second en découle : partout, notre modèle administre la rareté au lieu de produire de la valeur.

 

Rareté du temps médical, que l’on rationne par l’attente et le renoncement. Rareté du travail, sous-mobilisé aux deux extrémités de la vie active, avec un taux d’emploi inférieur de neuf points à celui de l’Allemagne. Rareté du financement de l’innovation, où l’argent public se disperse quand il faudrait le concentrer, tandis que l’épargne privée, pourtant abondante, se détourne du capital-risque. Rareté, enfin, de la confiance faite aux acteurs de terrain, du chef d’établissement privé de toute marge de décision à l’entrepreneur sommé d’obéir à une norme pensée loin de lui. La France ne manque pas de ressources, elle manque d’architecture.

 

Le fil qui relie ces quatre volets porte un nom : le capital humain. « Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes », écrivait Jean Bodin en 1576.

 

L’école le forme, le travail le mobilise, la santé le préserve, l’innovation le fait fructifier. Qu’un seul maillon cède, et la chaîne entière se rompt.

 

L’élève fâché avec les mathématiques sera l’ingénieur qui manque, le salarié usé avant l’heure l’actif qui fait défaut, le chercheur découragé le talent qui s’exile. Il n’y a pas quatre crises françaises, il n’y en a qu’une, celle d’une nation qui a cessé d’investir dans ce qui fait sa force.

 

C’est ici que l’entreprise prend sa place, non comme variable d’ajustement, mais comme partie prenante du redressement.

 

Elle perçoit les signaux faibles avant l’hôpital, forme les compétences que l’école n’a pas su transmettre, ouvre ses portes aux jeunes en quête d’orientation et porte l’essentiel de l’effort de recherche.

 

Les Français l’ont compris avant leurs responsables politiques. S’ils ne sont plus que 21 % à juger le travail « très important » dans leur vie, contre 60 % en 1990, 62 % déclarent faire confiance à l’entreprise.

 

Ils désespèrent du système, non de ceux qui produisent. Il ne s’agit pas de substituer l’entreprise à la puissance publique, mais de l’y associer, par un pacte avec l’école, par des accords de branche dédiés à la prévention, par un grand plan de compétences face à l’intelligence artificielle.

 

De ces travaux se dégage enfin une méthode. Faire confiance, d’abord, en substituant à la tutelle des moyens l’exigence des résultats : autonomie des établissements contre évaluation transparente, primauté de l’accord d’entreprise, État jardinier plutôt que sélectionneur.

 

Tenir dans la durée, ensuite, par des lois de programmation et des trajectoires pluriannuelles, car aucune réforme éducative, sanitaire ou technologique ne produit ses effets le temps d’un budget.

 

Réhabiliter le risque, enfin, dans un pays où une restructuration coûte en moyenne 38 mois de salaire, contre 7 aux États-Unis.

 

Ceux qui gouverneront en 2027 hériteront d’une équation réputée insoluble : redresser les comptes sans amputer la protection sociale, relever les salaires sans dégrader la compétitivité, préparer l’avenir sans sacrifier le présent.

 

Chacun des quatre volets de Cap 2027 la décline à sa manière : la France ne retrouvera la maîtrise de son destin qu’en réinvestissant dans les femmes et les hommes qui la font. Monnet
avait posé l’alternative. C’est à la présidentielle de 2027 de la trancher.

 

Pierre-André de Chalendar

Président de l'Institut de l'Entreprise

 

 

 

Qu’attendent les Français pour 2027 en matière de réformes ?

À six mois de l'élection présidentielle, l'Institut de l'Entreprise a demandé à l'Ifop de mesurer les attentes des Français en matière de réformes : les domaines sur lesquels le prochain président devra agir en priorité, les masures jugées prioritaires dans quatre champs (éducation, santé, innovation, travail) et la manière dont ces réformes devraient être conduites.

 

Télécharger les résultats de l'enquête Ifop pour l'Institut de l'Entreprise