Cap 2027 - Education - Quand l’école décroche, l ’économie suit.
Septembre 2026
La lente dégradation du système. Depuis vingt ans, les performances des élèves français reculent dans toutes les évaluations internationales. En mathématiques, le score PISA est passé de 511 points en 2003 à 458 en 2025, reléguant la France entre la 23e et la 29e place des 38 pays de l'OCDE étudiés. La part des élèves en difficulté a presque doublé, quand celle des très bons élèves s'étiole. Ce décrochage n'est pas un problème de moyens : avec 190 Md€ par an, soit 6,7 % du PIB, la France dépense plus que la moyenne européenne. Mais cette dépense, biaisée par le poids des pensions, est trop forte au lycée, insuffisante au primaire, et n'a pas empêché la dévalorisation du métier d'enseignant, dont la rémunération d'entrée est passée de 2,2 SMIC en 1980 à 1,2 aujourd'hui.
Cette défaillance se transmet à l'économie par le canal des compétences. Les élèves d'hier sont les actifs d'aujourd'hui : plus d'un adulte sur quatre présente de faibles compétences en littératie et en numératie (PIAAC), alors que le capital humain joue un rôle majeur dans la croissance de la productivité. Les entreprises en subissent déjà les effets : il manquera 104 000 ingénieurs et 130 000 techniciens d'ici 2035, les filières STEM ne représentent que 20 % des diplômés contre 35 % en Allemagne, le chômage des jeunes atteint 19,7 %. À l'heure de la réindustrialisation, de la transition écologique et de l'IA, ces dysfonctionnements ne préparent pas à l'économie de la connaissance. Le risque n'est pas l'effondrement, mais un décrochage lent, silencieux et cumulatif du pays.
Trois rigidités expliquent cette situation. Une autonomie de façade, les établissements n'ayant aucune marge sur le recrutement et les contenus quand les systèmes les plus performants décentralisent l'essentiel des décisions. Une orientation qui trie plus qu'elle n'oriente, avec des passerelles entre voies trop limitées et une voie professionnelle encore vue comme une voie d’échec. Un déficit chronique de valorisation des sciences, aggravé par les biais de genre et la crise du recrutement enseignant.
Le redressement est possible, car d'autres l'ont fait. Le Portugal, la Pologne ou l'Estonie ont gagné plusieurs dizaines de points PISA en une décennie par l'autonomie, la transparence des résultats et une amélioration de l'orientation. Ce livre blanc s’en inspire en proposant aux candidats à l’élection présidentielle de réformer notre école en se basant sur trois grands principes : donner aux établissements une autonomie réelle, refonder l'orientation et créer le Lycée des Métiers, et sceller un Pacte École-Entreprise.
L’objectif de l’Institut de l’Entreprise n’est pas de subordonner l'école à l'économie, mais de reconstruire un partenariat durable entre ses deux piliers, pour enrayer le lent déclin éducatif de la France et enclencher les conditions de son redressement pour assurer l’avenir économique et social de notre pays.
Synthèse de nos propositions
Proposition phare n° 1 — Donner aux établissements une autonomie réelle
- Mesure 1. Instaurer un dispositif intégré d'évaluation et de transparence des établissements.
- Mesure 2. Redéfinir et sanctuariser la répartition des compétences entre ministère, rectorats et établissements.
- Mesure 3. Refonder le métier enseignant par un nouveau pacte temps-rémunération-formation.
- Mesure 4. Créer un fonds d'établissement abondé sur projets pédagogiques.
- Mesure 5. Réformer les modalités d'affectation sans toucher au statut.
Proposition phare n° 2 — Refonder l’orientation et créer le Lycée des Métiers
- Mesure 6. Créer le Lycée des Métiers en fusionnant filières professionnelle et technologique par finalité sectorielle.
- Mesure 7. Doter le Lycée des Métiers d'outils d'orientation augmentée.
- Mesure 8. Briser l'irréversibilité de l'orientation par des parcours alternatifs et des dispositifs de seconde chance.
- Mesure 9. Augmenter le temps de mathématiques au collège pour les élèves sous le niveau 2 PISA et assurer une cohérence didactique CM1-2nde sur le modèle singapourien.
- Mesure 10. Déployer un plan STEM articulant ouverture aux filles, numérique et intelligence artificielle.
Proposition phare n° 3 — Sceller un nouveau Pacte École-Entreprise
- Mesure 11. Instaurer un trimestre cumulé en entreprise pour chaque élève entre la 4e et la terminale.
- Mesure 12. Créer un tableau de bord public du devenir des élèves par formation et par établissement.
- Mesure 13. Créer le label « Entreprise formatrice » et ses instances locales de pilotage.
- Mesure 14. Faciliter les passerelles structurelles entre l'entreprise et l'enseignement.
- Mesure 15. Refonte de l'offre de diplômes professionnels et technologiques.
Crédit photo : Violetastock - iStock