Le capitalisme à l’européenne à l’heure du grand test

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Laurent Bataille, président de Poclain, estime que la crise du Covid-19 représente un test majeur pour le capitalisme à l’européenne fondé sur le respect de la personne, sur la solidarité entre les parties prenantes et sur l’innovation. Il insiste sur le rôle clé des actionnaires, « gardiens du long terme » et sur le fait que la recherche de compromis entre parties prenantes peut aider les entreprises et industries, françaises comme européennes, à surmonter la crise, mais également à s’affirmer dans une compétition internationale intensifiée par la crise sanitaire et économique.

Institut de l’Entreprise – Laurent Bataille, comment est apparue la crise du Covid19 pour Poclain ?

Laurent Bataille - Nous avons été confrontés au Covid-19 dès le départ. Nous sommes une ETI d’origine familiale, attachée à ses racines dans les Hauts-de-France, mais qui s’est projetée dans la mondialisation. Donc nous avons d’abord vécu la crise en Chine. Au départ, elle était sanitaire et locale. À présent, elle est économique et mondiale, et nous en vivons les effets en France et partout dans nos filiales en Europe. Le choc du confinement est rude, surtout combiné à la crise de la demande mondiale.

Quelles sont vos priorités dans ce contexte ?

La priorité immédiate, bien sûr, c’est le souci de la santé de chacun. Nous avons le devoir de nous assurer que les équipes qui sont au travail sur nos sites de production évoluent dans de bonnes conditions de sécurité. La seconde priorité a été d’organiser le travail en situation de confinement. Ce sont des défis, mais nous savons les résoudre.

Au-delà de ces défis organisationnels, comment abordez-vous la crise économique ?

En effet, nous sommes confrontés à deux autres challenges bien plus complexes. Le premier, c’est celui de la survie économique des entreprises face au ralentissement de nos activités. Les ETI sont dans une situation particulièrement complexes. Pour beaucoup, leur capacité à traverser la crise actuelle va dépendre de la solidarité entre les différentes parties prenantes. En externe, les clients doivent conserver leurs commandes ; les donneurs d’ordres doivent rester solidaires de leurs fournisseurs. En interne, aussi, la solidarité signifie que les partenaires sociaux doivent s’entendre pour accompagner les salariés, qui comptent sur leur entreprise – et inversement !

Justement, où en est cette solidarité entre parties prenantes ?

En France, nous parlons depuis plusieurs années, parfois avec passion, de l’importance de développer des relations plus partenariales entre les parties prenantes des entreprises. Nous y sommes. C’est le grand test de la solidarité et de l’exemplarité des parties prenantes. Si nous parvenons à trouver les bons compromis, nous surmonterons la crise ; autrement, nous risquons une catastrophe économique. Ceci m’amène au deuxième challenge que j’évoquais : comment, au-delà de la gestion de crise, préparer le redémarrage de l’économie européenne.

N’est-ce pas plutôt une problématique mondiale ?

Il y a un enjeu spécial pour la France et l’Europe. À l’heure actuelle, l’appareil industriel français tourne au ralenti. Mais l’industrie chinoise, plus automatisée et en avance de phase par rapport à l’Europe dans la vague épidémique, est en redémarrage. Chinois et Japonais vont aller vite et chercher à prendre des places.

Face à ce challenge stratégique, qu’est-ce qui va permettre aux entreprises et aux industries européennes de s’affirmer dans la compétition mondiale ?

Je suis convaincu que les particularités du capitalisme à l’européenne, fondé sur le respect de la personne, sur la solidarité entre les parties prenantes et sur l’innovation, doivent être défendues par tous les moyens. C’est notre avantage. Dans la défense de ce modèle plus équilibré que le capitalisme que nous observons aux USA ou en Chine, il y a un rôle important pour les actionnaires. Ils doivent être les gardiens du temps long. Il y a un rôle également pour les pouvoirs publics, au niveau national comme au niveau européen. Et il faut saluer, en cette crise, la détermination de l’État à soutenir les entreprises.

Quel rôle l’Institut de l’Entreprise peut-il jouer dans cette défense d’un capitalisme à l’européenne ?

Par exemple, en documentant la manière dont se créent et fonctionnent les mécanismes de solidarité entre parties prenantes dans la crise que nous vivons, et en tirer les enseignements permettant de caractériser, d’améliorer et de défendre notre modèle européen.

Un dernier mot pour les lecteurs de la Quotidienne des #EntreprisesEnAction ?

Je souhaite à chacune de nos entreprises de rencontrer auprès de ses parties prenantes internes et externes la solidarité dont elle aura besoin pour traverser la crise du Covid-19. Cette confiance et cette entraide, nous la vivons également en tant que citoyens et en tant que personnes. Misons sur ces forces pour surmonter cette épidémie et repartir de plus belle !

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