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Les Français et l'économie

Ifop_Couv-BD

Septembre 2026

 

L’été 2026, celui du malentendu budgétaire

 

Il y a des étés qui semblent anodins et d’autres qui révèlent le sens d’une époque, en juxtaposant des signaux faibles qui, bout à bout, finissent par raconter une histoire. Nul doute que le cru 2026 fera partie de ceux-là. Pendant que l’OAT 10ans, le taux d’intérêt sur la dette française à cet horizon, atteignait des niveaux inédits depuis la crise financière de 2008 (en dépassant 4,3% au moment où nous rédigeons ces lignes) agitant le spectre d’une violente crise financière, quatre économistes de premier plan présentaient les résultats de leur mission sur la transparence des finances publiques. Dans leur rapport, Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, alertent sur la trajectoire suivie par les finances publiques. Ils estiment qu’à politique inchangée, le déficit public et la dette dériveraient respectivement à 6,8% et 130% du PIB, à horizon 2030. Pour ne serait-ce que parvenir à stabiliser l’endettement (sans même enclencher sa décrue), ils évaluent que l’ajustement à réaliser devra être d’environ 126 milliards d’euros d’ici là. Un effort inédit dans notre histoire récente, qui ne se fera pas sans douleur.

Une fois le diagnostic réalisé, il faut se poser la question du traitement à adopter. Or, face à une Assemblée nationale morcelée, dont les principaux acteurs sont en lice pour 2027, il ne faut pas espérer attendre le début du commencement d’un sérieux budgétaire, la campagne présidentielle étant par tradition plus propice à des promesses de cadeaux qu’à des annonces de restrictions. En l’absence d’un « adulte dans la pièce », quand leurs représentants ne sont pas au niveau, l’ultime solution est le recours aux électeurs, qui, s’ils formulent le souhait de reprendre en main leur destin budgétaire, pourraient infléchir l’offre programmatique des candidats.

 

C’est ce que l’Institut de l’Entreprise a décidé d’évaluer, en sondant les connaissances et les attentes des Français en matière économique, en partenariat avec l’IFOP, qui les a interrogés sur des thématiques très concrètes (coût d’un salarié pour son employeur, volume du déficit par rapport aux recettes publiques, ventilation de la dépense publique, fiscalité des entreprises, etc.). Si 86% des sondés ont eu au moins une bonne réponse, la moyenne totale n’est que de 7,3/20. Malgré un intérêt pour les questions économiques avoué par 62% des répondants, le niveau de compréhension n’est donc pas à la hauteur de l’enjeu. Et c’est d’autant plus inquiétant que derrière cette carence en compréhension se cache une absence de lucidité partagée sur les solutions à déployer pour inverser la tendance budgétaire avant qu’elle ne devienne dramatique. Si 60% des Français citent – à raison - la baisse (voire la stabilisation) des dépenses publiques comme un objectif, la baisse des dépenses de retraite (pourtant premier poste de la nation, à 420 milliards d’euros en 2026) n’est citée comme un levier prioritaire que par 3% des répondants, alors que la taxation du patrimoine (53%) ou des robots et de l’IA (34%) sont des pistes remportant plus d’adhésion, malgré leurs effets potentiellement délétères sur notre croissance. La notion de « travailler plus », à savoir augmenter la richesse produite chaque année dans notre pays, n’est avancée comme une première solution que par 9% des répondants, avec de très fortes disparités selon l’obédience politique. Difficile dans ces conditions, de pouvoir créer un large consensus politique pour renouer avec le sérieux budgétaire.

L’enquête IFOP ne se limite cependant pas à de mauvaises nouvelles : elle apporte aussi des confirmations heureuses, notamment quant à l’image que les Français ont des entreprises. 61% déclarent avoir confiance en elles pour assurer l’avenir économique de la France, contre seulement 14% pour les partis politiques. En parallèle, ils ne sont que 13% à demander une hausse de l’imposition sur les sociétés et 11% à réclamer une intensification de leur fiscalité globale. Une demande tranchant complètement avec les projets politiques – largement partagés à gauche comme à droite – d’augmenter leur pression fiscale par une surtaxe d’IS ou un relèvement du PFU.

 

Ce sondage doit donc être perçu comme un espoir. Les Français s’intéressent à l’économie et ont confiance dans leurs entreprises, y voyant le meilleur vecteur de création de richesses et de distribution de la prospérité qu’i faut préserver d’un alourdissement de leur fardeau fiscal. C’est sur cette confiance que doit se construire le projet politique du prochain quinquennat. Le seul problème persistant de nos concitoyens tient à l’appréhension des ordres de grandeur, avec lesquels ils semblent encore fâchés. La campagne présidentielle qui s’ouvre devrait leur permette de se familiariser avec ces chiffres au point qu’ils infusent dans les esprits. Et si cette épiphanie ne vient pas des candidats eux-mêmes, nul doute que ce sera le marché obligataire qui l’offrira en rappelant notre pays à la raison budgétaire.

Ces résultats riches d’enseignement sont analysés dans cette présente note, à travers une double architecture. D’abord une analyse objective des réponses, établissant les principaux faits du sondage qui peuvent être mobilisés dans le cadre du débat politique à venir. Puis une interprétation de ces résultats, par le croisement des regards de deux transmetteurs de la connaissance économique : celui du pédagogue, avec Pierre Robert (enseignant, auteur de Fâché comme un Français avec l’économie), et celui du journaliste, avec Nicolas Doze (éditorialiste à TF1 / LCI).

 

 

Erwann Tison

Directeur des études de l’Institut de l’Entreprise

 

 

 

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