Les dirigeants d’entreprise se préparent à jouer les prolongations

Chers amis,

Cela fait pratiquement un mois, à présent, que nous sommes confinés. Que retenir de cette première période, dont le Président de la République vient d’annoncer le renouvellement jusqu’au 11 mai au moins, et qu’en déduire concernant la suite pour notre société et notre économie ?

Dans ce contexte exceptionnel, l’Institut de l’Entreprise a adapté son activité : « La Quotidienne des Entreprises en Action » est conçue pour faire circuler bonnes pratiques, paroles inspirantes et réflexions stimulantes. Nous nous trouvons de ce fait à la croisée de nombreux témoignages de dirigeants d’entreprise, dont j’aimerais partager avec vous ici quelques grands axes.

Le Covid-19 a touché les chefs d’entreprises en tant qu’hommes et femmes. Certains ont fait partie des premiers malades. Aucun n’a été épargné par l’inquiétude, pour soi-même, ses proches et ses équipes. En atteste l’efficacité avec laquelle les entreprises ont mis leurs collaborateurs en sécurité, mais aussi l’impressionnant élan de solidarité qui s’est enclenché. Certaines ont produit et offert du matériel, des masques, du gel, des logements, des transports. D’autres ont proposé gratuitement leurs services et fait des dons. Toutes, grandes ou petites, ont cherché à se rendre utile dans cette crise.

Pour nombre de ces professionnels, pourtant habitués à travailler dur, les semaines récentes furent très intenses, qu’ils soient sur le terrain ou à domicile. Leur premier constat, c’est que nous n’étions pas préparés à cette épidémie. Non seulement du point de vue de la puissance publique : le débordement des services hospitaliers en est la preuve. Mais également du point de vue des entreprises : les Plans de Continuité d’Activité existaient, mais nul n’imaginait devoir en activer autant de dimensions simultanément, dans toutes les géographies du monde. De ce point de vue, de nombreuses entreprises reverront leur organisation future en fonction de cette expérience.

Leur second constat, c’est que les outils d’aide à la décision manquent face à une telle somme d’incertitudes. Combien de temps cette crise durera-t-elle ? Quelles décisions de gestion faut-il prendre pour tenir bon ? Comment se comporteront les marchés lors du redémarrage économique ? La crise du Covid-19 restera pour tous un marqueur de carrière. Même ceux qui avaient vécu plusieurs crises économiques ou géopolitiques sont confrontés à l’inconnu. Chacun s’appuie comme il le peut sur ses équipes, sur les données à sa disposition pour évaluer la situation et étayer ses choix stratégiques. Obligés de se faire confiance, beaucoup de dirigeants d’entreprises se fondent actuellement sur le couplage de leur intuition et de leur rationalité.

Ce travail de rationalisation conduit nécessairement les décideurs à un troisième constat : l’urgence de redémarrer notre vie économique. L’avis de tous les chefs d’entreprise que j’ai consultés est convergent : de grave, cette épidémie peut devenir catastrophique. Chaque jour qui passe asphyxie des entreprises supplémentaires, en commençant par les PME et les ETI. Or l’Entreprise est, en France comme partout, la source première de la création de richesse. Salariés, actionnaires, fonctionnaires, étudiants, retraités, chômeurs, personnes au foyer, etc. : tous achètent leur pain, payent leur loyer, financent leurs projets avec de l’argent initialement gagné par une entreprise.

À court terme et dans l’intérêt général, la priorité des entreprises est donc de mettre en œuvre les conditions sanitaires permettant de redémarrer leur activité en donnant confiance à leurs collaborateurs, ou à défaut, de survivre. Mais à moyen terme, notre pays aura besoin qu’une telle paralysie de la vie économique soit évitable. À l’issue de la lutte contre l’épidémie, il faudra donc soutenir une autre bataille : celle de la réforme de l’État. Santé, sécurité, éducation, finances, unité nationale : il n’y a pas de domaine régalien dans lequel notre pays n’ait connu récemment une crise majeure, illustrant la nécessité d’une rénovation en profondeur.

L’état d’esprit global des chefs d’entreprises est donc actuellement marqué à la fois par une vive inquiétude et par une farouche combativité. De ce premier mois de confinement, je sors personnellement marqué par les échanges que j’ai pu avoir avec ces dirigeants, hommes et femmes, engagés au service des écosystèmes complexes dont ils ont la responsabilité. J’espère pouvoir dire, dans un mois, que leur combativité a eu raison de leurs inquiétudes.

Je termine par une pensée pour tous nos lecteurs, auxquels j’associe leurs proches. La nouvelle période de confinement qui s’ouvre sera longue. J’espère que vous trouverez les occupations qui vous permettront de garder un cap clair vers la sortie de cette situation. C’est en souhaitant être un élément positif et utile parmi vos sources d’inspiration et de réconfort, que l’Institut de l’Entreprise va continuer à publier chaque jour La Quotidienne des Entreprises en Action.

Bon courage et bonne lecture,

Paul Allibert, Directeur Général de l’Institut de l’Entreprise

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