La coopérative viticole des Vignerons de Buzet – 150 adhérents, une centaine de collaborateurs, 1 970 hectares de vignes et 10 millions d’équivalents bouteille par an – a observé que la politique RSE qui structure sa stratégie lui a probablement permis de « mieux absorber les chocs du Covid-19 ». S’il est encore tôt pour tirer des conclusions définitives, la coopérative entend transcender dès à présent les contraintes et se réinventer, notamment en intégrant « les notions de l’entreprise contributive » dans sa gouvernance. Les activités des Vignerons de Buzet ont naturellement été impactées par la crise, mais l’entreprise, habituée à travailler selon des normes sanitaires strictes mais qui ne la « corsettent » pas, ne s’est jamais retrouvée complètement à l’arrêt. Aujourd’hui, elle a besoin de visibilité quant à la reprise du secteur de la restauration et s’interroge sur le comportement des consommateurs. La coopérative espère également que cette reprise ne donne pas lieu « à une guerre des prix qui ne sera profitable ni à l’emploi, ni à la création de valeur en général ».

Enquête réalisée auprès de Pierre Philippe, Directeur Général des Vignerons de Buzet

 

La pensée RSE en guide de la gestion de crise

Créée en 1953, la coopérative viticole lot-et-garonnaise des Vignerons de Buzet regroupe aujourd’hui 150 adhérents, emploie environ 100 collaborateurs, collecte 1970 hectares de vignes et produit 10 millions d’équivalents bouteille par an. Engagée depuis près de 15 ans dans une politique RSE qui structure sa stratégie, la coopérative a été retenue par la région Nouvelle-Aquitaine comme Laboratoire d’Innovation Territoriale pour imaginer des nouvelles pratiques responsables et durables en matière viticole. « Cette pensée RSE qui structure l’entreprise a peut-être permis, le temps le dira, de mieux absorber les chocs du Covid-19 ». Avec un système d’information totalement externalisé et le télétravail déjà largement pratiqué, les collaborateurs travaillant dans les bureaux, soit 30% des effectifs, ont pu immédiatement assurer la continuité du service de chez eux. La distanciation sociale ne posant pas de problème dans les chais, disposant de masques et de gel hydro-alcoolique et avec un service qualité habitué à travailler selon les normes sanitaires strictes de l’agro-alimentaire, « l’entreprise ne s’est pas arrêtée ». La coopérative avait également fait le choix de labels ou certifications (AB, Haute Valeur Environnementale, Bee Friendly, Sans sulfites ajoutés ou encore Engagé RSE). « Quand on a une culture d’entreprise basée sur des normes qualité qui ne nous corsètent pas, on a juste à assembler les pièces pour enclencher les schémas pré-établis ».

Ce sont en fait surtout les clients de la coopérative qui ont été impactés et il a fallu rapatrier des commandes de chez certains restaurateurs. Fournisseur par exemple de la chaîne Nicolas, qui a cessé son activité du jour au lendemain, et de la grande distribution, qui a concentré ses efforts sur les produits de première nécessité, l’activité a fortement baissé en début de crise. La branche CHR (café, hôtellerie, restaurants) étant totalement à l’arrêt, une partie des collaborateurs a été mise en chômage partiel. De même, l’activité d’œnotourisme et la location de salles pour les séminaires sont interrompue et le magasin d’usine a été temporairement fermé.

Une certaine reprise se fait toutefois sentir depuis un mois environ : « on revient au niveau de la situation, certes très tendue, du pré-confinement » et le chômage partiel a été suspendu pour certains collaborateurs de retour dans la cave.

 

Une relation en bonne intelligence avec les autres parties prenantes

La végétation ayant trois semaines d’avance et la météo pluvieuse dans la région engendrent beaucoup de travail dans la vigne. Les viticulteurs adhérents à la coopérative portent un regard un peu décalé sur la crise, « d’autant que les résultats commerciaux étant moins impactés que ce que nous avions présagés, ils ne paniquent pas. »

Situation hétérogène du côté des fournisseurs. Si la coopérative a connu peu de problèmes avec les producteurs de bouteilles ou les cartonniers, car ce sont des grands groupes qui ont su reporter leur production, elle a connu plus de soucis avec les petits fournisseurs, les imprimeurs d’étiquettes notamment. La coopérative réfléchit donc à revoir ses achats de façon à ne plus confier une ligne de produits à un seul fournisseur. Reprenant l’exemple des étiquettes, « elle envisage de scinder son marché et de s’adjoindre les services d’un imprimeur, plus petit et plus proche géographiquement, pour 20% de ces achats ».

 

« Mon centre cède, ma droite recule, situation excellente, j'attaque »

Cette citation du Maréchal Foch illustre parfaitement comment Les Vignerons de Buzet vont ré-interroger leur modèle. S’il est encore tôt pour tirer des conclusions définitives, la crise va « servir à s’alléger de certaines habitudes futiles qui n’ont finalement aucune utilité ou à procéder à des réglages dans l’organisation. » Mais surtout, le Directeur général réfléchit déjà à retravailler la stratégie de l’entreprise « pour aller un peu plus loin, passer à l’étape suivante et intégrer des notions de l’entreprise contributive dans la gouvernance. Il faut transcender les contraintes et en profiter pour se réinventer. »

La restauration représentant 30% de leur activité, les Vignerons de Buzet ont besoin de savoir quand ce secteur va redémarrer. Et quels acteurs vont reprendre ? Dans quel état ? Quel établissement sera assez solide pour se remettre de cette crise ? Mêmes questions vis-à-vis des consommateurs. Ces derniers ont non seulement beaucoup stocké en début d’épidémie et ils vont écouler leurs stocks avant de revenir en magasin mais ils ont également beaucoup épargné. Quand vont-ils reprendre leurs achats de vins ? Au niveau de l’export, si la coopérative « n’a jamais autant livré au Canada », elle ressent un frémissement au Japon mais la Chine et les États-Unis sont toujours à l’arrêt.

À ces interrogations s’ajoute un questionnement sur le comportement des autres acteurs économiques. Les Vignerons de Buzet espèrent que la reprise ne donnera pas lieu à une « guerre des prix qui ne sera profitable ni à l’emploi, ni à la création de valeur en général ».

 

Pierre Philippe, Directeur Général des Vignerons de Buzet

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