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Esprit, es-tu là ?

L’Opinion du 18 décembre 2014

Esprit, es-tu là ?

Tous les ans, aussi sûr que tombent les feuilles, le central téléphonique de SOS stages en détresse explose. Nombreux sont les élèves de troisième qui peinent à trouver un stage de découverte d’une semaine en entreprise. Cette obligation de fréquenter le monde professionnel - qui conserve un halo de mystère jusqu’à la fin des études secondaires - est excellente mais pose des difficultés pratiques. Pour les entreprises, organiser l’accueil d’aussi jeunes élèves pendant cinq jours, plus observateurs que stagiaires, n’est pas toujours évident. Pour les élèves et leurs familles, trouver le stage est une source de stress, en particulier pour ceux qui ont un capital relationnel réduit. Parfois, l’opération se termine dans le magasin du coin ou dans l’entreprise de l’un des deux parents, avec des résultats variables. Nos enfants, pour comprendre ce qu’est le monde du travail ne seraient-ils donc condamnés qu’à un rôle décoratif, ou à alimenter bien malgré eux le procès en reproduction sociale ?

 

Il est utile de reconsidérer ce temps d’ouverture pour ce qu’il devrait être : une formidable opportunité d’expérimentation, sans risque, de la dynamique collective de création d’entreprise. Laissons le choix aux élèves soit d’effectuer un stage en entreprise qui corresponde réellement à leurs aspirations, soit de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Les élèves pourraient se regrouper en petites équipes, accompagnés par un binôme enseignant-entrepreneur, autour d’un projet de création de produit ou de service à présenter en fin de semaine devant un panel de chefs d’entreprise et d’enseignants. Dans le processus, les élèves devraient passer par l’ensemble des phases de création, afin de rédiger un business plan aussi élaboré que possible. Les gains d’une telle démarche seraient immenses : confiance en soi, travail d’équipe, créativité, apprentissage des fonctions élémentaires de l’entreprise, rapprochement du monde enseignant et de l’entreprise. Au-delà, vivre une telle expérience de mini-entreprise comme en proposent des associations remarquables (citons, entre autres, Entreprendre Pour Apprendre), facilite les apprentissages théoriques ultérieurs, et révèle les talents d’élèves qui sont parfois scolairement à la traîne mais remarquables d’inventivité et d’énergie. En d’autres termes, rien de mieux pour comprendre l’entreprise que d’en façonner la tuyauterie initiale.

Au moment où la novlangue tord la syntaxe à tout bout de champ pour évoquer « l’esprit d’entreprendre » comme si l’esprit d’entreprise ne suffisait pas à notre bonheur, il serait peut-être temps de découvrir l’entreprise…autrement. Comme le montre très bien Robin Rivaton [1], la France est le pays qui présente le plus grand décalage entre les intentions entrepreneuriales et la concrétisation. Le stage de troisième offre une belle occasion de semer les graines qui peuvent, pourquoi pas, monter jusqu’au ciel.

Frédéric Monlouis-Félicité, Délégué général de l’Institut de l’entreprise

 

[1] Robin Rivaton, La France est prête : nous avons déjà changé, Les Belles Lettres, 2014.

Commentaires

Portrait de Pierre SCHWANDER

Quand a-t-il été interdit à un jeune de faire un stage en entreprise ?
Que signifie, au temps de l'analyse des compétences, des capacités "qui coorespond à" ?
C'est sans doute parce que l'on veut à tout pris mettre des gens dans des secteurs en tension que beaucoup de choses ne fonctionnent pas alors que tout le monde a compris que si le secteur est en tension, c'est qu'il ne répond pas à certaines attentes.
Ces attentes sont-elles exagérées comme certains tentent de le faire croire ? Je n'en suis pas aussi sûr que cela.
Si les gens végètent dans des formations, à qui la faute ? Quel est le temps de formation d'un jeune dans le système éducatif ou dans l'apprentissage ? Quelle est la visibilité de l'entreprise ? Comment peut-on croire qu'un nouveau venu dans l'entreprise sera immédiatement productif ?