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Classes moyennes, salariat et numérique

Article de Sociétal 2016 de Julien Damon

Les classes moyennes occidentales seront-elles balayées par la révolution numérique ?

Certaines tendances à l’œuvre depuis vingt ans pourraient le laisser croire, mais cette prophétie relève le plus souvent de la conviction. Le salariat, marqueur capital des classes moyennes, ne semble pas donner de signe évident d’effondrement imminent. Il n’en demeure pas moins que le numérique non seulement transforme les activités, les habitudes et les relations dans le travail et la vie privée, mais fait surtout éclater les catégories, les représentations et les référentiels des classes moyennes.

Le tsunami numérique pulvérisera les formes de travail et les modes de vie des classes moyennes. Cette prophétie se psalmodie à longueur de colloques, d’essais et de rapports. Les classes moyennes, en fait les classes moyennes occidentales, seraient condamnées par la révolution digitale de l’économie. Comme tout serait en voie d’« uberisation » (le néologisme date de 2015), les classes moyennes seraient en voie de passer à la casserole de la « disruption » radicale (comme aiment le dire les protagonistes des débats sur le numérique). En un mot, les classes moyennes seraient plus que déstabilisées, presque totalement balayées, par l’automatisation, la robotisation et la numérisation croissantes des sociétés contemporaines. Discussions de savants, élucubrations de café, comptages de consultants et affirmations des techno-prophètes vont très souvent dans ce sens. Avec des données sensées et des arguments frappants.

Mais qu’en est-il vraiment ? Il existe une myriade de définitions des classes moyennes. Plusieurs approches en « ni, ni » les caractérisent. Catégories centrales de la distribution des revenus, elles ne sont ni riches, ni pauvres. Sur un plan territorial, ces ménages vivraient dans des quartiers qui ne sont ni huppés, ni défavorisés. Du point de vue des entreprises, les actifs des classes moyennes ne sont ni dirigeants, ni exécutants. De ces trois approches « ni, ni », il peut ressortir des tableaux contrastés, mais avec bien des similitudes. Et avec, assurément, une mesure possible des impacts passés, en cours et à venir, des transformations numériques. 

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