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3 questions à Hazel Blears à propos de l’externalisation des services publics*

24 Novembre 2016
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Hazel Blears est une ancienne députée travailliste britannique. Membre du Cabinet britannique, elle a été Ministre sans portefeuille entre 2006 et 2007 et Secrétaire d’Etat aux communautés et aux collectivités locales entre 2007 et 2009. Elle travaille désormais au sein du Groupe Sodexo. 

L’externalisation des services publics fait-elle débat au Royaume-Uni ? Quels critères doivent être pris en compte lorsque l’on externalise un service public ?

L’externalisation des services publics au Royaume-Uni reste controversée dans le monde politique. Beaucoup moins dans la pratique. Mon opinion personnelle sur le sujet est que la qualité des résultats de ce système dépend très étroitement du degré d’investissement des acteurs qui l’animent. Si cela fonctionne, le secteur privé peut apporter une plus-value en termes d’innovation, de vitesse d’exécution et parfois de coût.

Pour que le système soit performant, il faut l’envisager comme une relation tripartite entre le secteur public qui délègue et contrôle la bonne exécution du service, un secteur privé qui délivre le service, et une communauté locale qui en tant que client final de ce service doit pouvoir exprimer ses attentes, ses besoins et réagir quant au service offert.

Surtout, le secteur privé doit être capable de démontrer sa performance sur des exemples précis. Cette performance ne doit pas être présumée, elle doit être démontrée, notamment aux élus et aux officiels, qui doivent pouvoir en rendre compte à leurs administrés. Il ne doit pas y avoir de compromis sur la qualité, les conditions de travail, l’impact sur la communauté. Sodexo s’est d’ailleurs engagé et organisé sur ce sujet autour d’un « Public Service Pledge ».

Au-delà de cet engagement, il faut être capable de mesurer la valeur ajoutée apportée à la communauté par l’externalisation. Cela nécessite d’une part de rapprocher les systèmes de comptabilité analytique entre le privé et le public, mais aussi d’introduire de nouvelles métriques pour mesurer l’impact social sur la communauté, en termes d’activité additionnelle pour les entreprises locales ou d’apprentissage par exemple.

Sur ces sujets, il reste encore des efforts à fournir mais beaucoup a été fait au cours des dernières années, notamment sur les critères de décision utilisés par les donneurs d’ordres publics dans le cadre d’appel d’offres. Depuis le Public Services (Social Value) Act de 2012, ces derniers sont notamment contraints de tenir compte dans leurs décisions de l’impact socio-économique et environnemental au niveau local dans leurs décisions. Il faut noter d’ailleurs que certaines collectivités locales avaient déjà largement pris les devants sur ce sujet. Confrontées au terrain, elles sont souvent en avance par rapport au niveau national.

En définitive, le succès dans la pratique reste encore le meilleur moyen de repousser l’idéologie.

Quels types de missions peuvent être externalisés ? Auriez-vous un exemple concret de l’apport de l’externalisation?

Au Royaume-Uni, il s’est agi à l’origine d’externaliser des fonctions dont la valeur ajoutée est limitée comme la restauration, le nettoyage, le gardiennage des emprises publics. Aujourd’hui, l’externalisation peut apporter des solutions intéressantes sur des missions de services publics plus complexes.

Prenons le cas concret des délinquants multirécidivistes. Ils représentent 77% de la population carcérale au Royaume-Uni. Le coût social de la récidive est très important mais difficile à évaluer. Le coût budgétaire est d’environ 100.000 € par an par prisonnier. Pour tenter de mettre un terme à ce couteux système de « revolving doors », quelques programmes ont été mis en place par Sodexo et ses partenaires afin d’accompagner les détenus durant leur détention puis leur réinsertion. Ces initiatives incluent la préservation du lien avec les familles, la formation, la recherche d’emploi ou encore d’un logement. Les premiers résultats sont impressionnants.

Il est vrai que sur cette question, Sodexo pouvait compter sur une expérience importante puisque la société gère de bout-en-bout certains établissements pénitentiaires (ceux pour les détenus condamnés à de courtes peines), y compris le personnel pénitentiaire.

Pour conclure, quels sont selon vous les facteurs clefs de succès pour externaliser les services publics ?

3 critères sont selon moi important pour qu’une externalisation soit réussie :

  • Le donneur d’ordre public doit définir précisément les objectifs qu’il souhaite atteindre
  • La durée du contrat doit être suffisamment longue pour permettre un dialogue constructif entre donneurs d’ordre publics et prestataires privés axé sur l’amélioration de la valeur
  • Le critère de décision doit être la valeur de l’offre et non son prix

Entretien réalisé le 17 novembre 2016 par Benjamin CLADY

*Publication sous réserve de validation définitive par le groupe Sodexo.